"Point n'est besoin d'etre devin pour réaliser que dans les années heureuses, au plus hauts sommets de ce que l'on appelle les 30 glorieuses, le monde à la manière d'un troupeau ivre de son impétuosité courait droit à l'abîme.
Le monde craquait, la société s'édifiait dans le factice, le mièvre ; en sourdine se tissait la mondialisation mais peu y pretaient attention dans l'ombre menacante des blocs tout-puissants et antagonistes.
Des conflits surgissaient là, s'éteignaient ici, les ogives atomiques remplissaient les arsenaux, il était évident que l'avenir « irradiait » à tout va.
Des lors les lointains archipels tropicaux aux sociétés un peu moins polluées pouvaient apparaître comme un refuge, une solution.
Et puis demeure la distance sous forme d'étendue liquide... Cette vaste mer qu'il faut affronter nous ramène à l'essentiel.
L'océan, oui, mais s'y mouvoir implique un navire en état aussi satisfaisant que possible face au périple envisagé.
Quelques années de salarié et de restriction à marche forcée ont permis d'accumuler le pécule necessaire à l'acquisition du voilier : puisque c'est d'un voilier en bois dont il sera question désormais.
Formule escargot, maison sur le dos.

En 1978, Jacques Vairé acquiert un bateau,
autant pour fuir le monde que pour en faire le tour...
Il y a bien quelques détails qui laissent à désirer sur l'acquisition de nos rêves : qu'importe on est pas des manchots, et la caisse du bord résonne encore de quelques espèces sonnantes et trébuchantes.
Quand même, notre ketch a quelques points faibles, et mieux vaut y remédier tout de suite lorsqu'on envisage de passer de l'Atlantique au Pacifique en négligeant le Cap Horn - prudence oblige - mais en empruntant les canaux de Patagonie (sud du Chili et Argentine).
Les paradis méritent quelques sacrifices, et après tout, les vies de deux bambinos et de leur mère enrolés dans l'aventures, aussi sans doute..."